Tourmaline Paraíba : le GIA et Gübelin confirment une nouvelle source en Éthiopie
Le 27 août, le GIA et le laboratoire Gübelin ont confirmé ensemble que la tourmaline cuprifère d’un nouveau gisement proche d’Abuloo, dans la région éthiopienne d’Oromia, répond à la définition admise de la tourmaline Paraíba. Le GIA peut déjà indiquer l’Éthiopie comme origine sur ses rapports. La comparaison avec les plus belles brésiliennes reste ouverte.

Une ruée partie au printemps
Le laboratoire Gübelin dit avoir vu ce matériau pour la première fois début mai 2026 : plusieurs tourmalines Paraíba qui lui étaient soumises avaient une chimie absente de ses références du Brésil, du Mozambique et du Nigeria. À Addis-Abeba, le gemmologue Haimanot Sisay a entendu parler de « Paraíba » le 25 mai, par un contact de Shakiso.
Dans un rapport de terrain publié en juillet par la revue italienne IGR, Sisay situe les chantiers à environ 2 km à l’est du village d’Abuloo, à quelque 50 km au nord-est de Shakiso. Les mineurs creusent des dépôts secondaires jusqu’à environ 6 m ; il a compté plus de 3 000 personnes sur place et décrit une situation sécuritaire tendue. Selon un bruit du négoce d’Addis-Abeba qu’il rapporte, un premier lot se serait vendu plus de 200 millions de birrs, plus d’un million de dollars ; ce chiffre n’est pas confirmé.
Le 18 juin, le laboratoire suisse SSEF signalait, sur la foi de témoignages crédibles du négoce, une nouvelle source, et des gemmes à l’origine difficile, parfois impossible, à établir, leurs éléments traces recoupant surtout ceux du Brésil.
Ce qu’ont trouvé les laboratoires
Le communiqué commun du 27 août réunit deux enquêtes séparées. Gübelin a rassemblé environ 300 gemmes brutes et taillées, dont une partie recueillie en Éthiopie ; le GIA a examiné des lots dès juin, puis reçu en juillet plus de 100 échantillons du groupe Ferreira. Conclusion commune : le gisement produit une tourmaline colorée surtout par le cuivre, conforme à la définition de la Paraíba.
Les couleurs vont du bleu au bleu-vert, avec du violet, du pourpre et de l’incolore dans certains bruts ; le zonage est souvent marqué. À Idar-Oberstein, le laboratoire allemand DSEF, qui a reçu son premier lot le 24 juin, a relevé sur une cinquantaine d’échantillons les bandes du cuivre vers 700 et 900 nm, typiques de la Paraíba, et parfois une bande vers 520 nm due au manganèse. D’autres gemmes des mêmes lots, sans cuivre ou dominées par le fer, ne sont pas classées Paraíba.
La chimie signe aussi l’origine. Les deux laboratoires signalent des teneurs élevées en vanadium (plus de 60 ppm), en plomb (de 170 à 6 000 ppm) et en gallium (de 280 à 900 ppm), mesurables avec un bon appareil de fluorescence X (ED-XRF). Pour Peter Tollan, directeur de la recherche chez Gübelin, les échantillons éthiopiens se distinguent aisément de toutes les autres origines, sans méthodes de recherche comme le LA-ICP-MS.
Le nom d’une couleur, pas d’un lieu
Le nom vient de l’État brésilien de Paraíba, où la tourmaline cuprifère a été découverte à la mine de Batalha, près de São José da Batalha, à la fin des années 1980. Suivront le Rio Grande do Norte dans les années 1990, le Nigeria dès 2001 et le Mozambique au milieu des années 2000, selon une étude du GIA publiée en 2006.
Le Laboratory Manual Harmonisation Committee (LMHC) définit la « tourmaline Paraíba » par la couleur et la chimie : une tourmaline bleue, bleu-vert à vert-bleu, verte ou vert-jaune, de saturation moyenne à forte, colorée principalement par le cuivre et le manganèse, quelle que soit son origine géographique. Une tourmaline colorée surtout par le fer, ou avec de simples traces de cuivre, en est exclue.
Le Brésil, l’Afrique, et maintenant l’Éthiopie
L’origine pèse sur le prix. Dans Gems & Gemology, en 2019, des chercheurs du GIA notaient que les Paraíba brésiliennes sont en général plus valorisées que les africaines, les plus belles ayant souvent une couleur plus intense, même si les gammes se recoupent. Ils mesuraient en moyenne environ 11 400 ppm de cuivre au Brésil, contre moins de 2 000 ppm en Afrique. Le Mozambique est depuis devenu un fournisseur majeur, parfois de très grosses gemmes, relevait Rapaport en juin.
Pour l’Éthiopie, les données publiées restent partielles. Le DSEF y trouve en moyenne plus de calcium, de fer, de gallium et de plomb qu’au Brésil, et note que certains cristaux rappellent ceux de Batalha. Les teneurs en cuivre ne sont pas encore publiées ; les articles complets annoncés par le GIA et Gübelin dans Gems & Gemology devraient combler ce manque. Aucune donnée de prix publique et fiable n’existe à ce jour.
Notre avis
À notre sens, les laboratoires ont tranché la question du nom : les gemmes d’Abuloo qui remplissent les critères sont des tourmalines Paraíba à part entière, comme celles du Mozambique et du Nigeria. Se mesurer aux plus belles brésiliennes est une autre affaire, de couleur, de taille et d’offre, et les données publiées ne tranchent pas encore. Des sosies colorés par le fer circulent dans les mêmes lots, et seule la spectroscopie les distingue. Qui achète aujourd’hui devrait exiger le rapport d’un laboratoire doté de références éthiopiennes, précisant variété, origine et éventuel chauffage, et juger la gemme sur sa couleur plutôt que sur son nom.
David Nataf est gemmologue GIA (GG) et négociant en gemmes. Les gemmes photographiées ne sont pas vendues par NANA.
- GIA et Gübelin Gem Lab, « GIA and Gübelin Gem Lab Confirm New Source of Copper-Bearing Tourmaline from Ethiopia », communiqué commun (en anglais). gubelingemlab.com, 27 août 2026.
- JCK News Desk, « GIA, Gübelin Confirm Ethiopia as New Source of Paraiba Tourmaline », JCK (en anglais). www.jckonline.com, 27 août 2026.
- SSEF, « New source of Paraiba tourmalines reportedly discovered in Ethiopia » (en anglais). www.ssef.ch, 18 juin 2026.
- Suzanne Watkin, « New Paraiba Tourmalines May Originate From Deposit in Ethiopia », Rapaport (en anglais). rapaport.com, 21 juin 2026.
- DSEF German Gem Lab, « Cuprian tourmalines from Ethiopia », blog de recherche de la DGemG (en anglais). blog.dgemg.com, 1er juillet 2026.
- Haimanot Sisay, « Field report to Paraíba tourmaline rush near Abuloo, Ethiopia », IGR, Rivista Italiana di Gemmologia (en anglais). www.rivistaitalianadigemmologia.com, 22 juillet 2026 (rapport daté du 4 juillet 2026).
- LMHC, Information Sheet 6, « Paraiba tourmaline », version 8 (PDF, en anglais). www.lmhc-gemmology.org, février 2023.
- Y. Katsurada, Z. Sun, C.M. Breeding, B.L. Dutrow, « Geographic Origin Determination of Paraíba Tourmaline », Gems & Gemology, vol. 55, n° 4 (en anglais). www.gia.edu, hiver 2019.
- A. Abduriyim et al., « “Paraíba”-Type Copper-Bearing Tourmaline from Brazil, Nigeria, and Mozambique: Chemical Fingerprinting by LA-ICP-MS », Gems & Gemology, vol. 42, n° 1 (en anglais). www.gia.edu, printemps 2006.
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