Entretien : Nissim Zuaretz, président de la Bourse du diamant d’Israël, réclame une zone franche
La Bourse du diamant d’Israël ne gardera ses plus grands négociants que si l’État crée une zone franche pour le diamant : c’est le message que son président, Nissim Zuaretz, nous a livré à Ramat Gan le 11 février 2026. Il juge que le diamant de synthèse « n’est pas du diamant » et affirme que les négociants israéliens appliquent les sanctions américaines contre la marchandise russe. En juillet, il a démissionné avant la fin de son mandat ; il reste en fonctions jusqu’aux élections prévues en novembre ou décembre.

Vingt ans après, à Ramat Gan
Nous avons rencontré Nissim Zuaretz à la Bourse du diamant d’Israël (Israel Diamond Exchange, IDE), à Ramat Gan, le 11 février 2026. J’avais arpenté ses salles de négoce pour la première fois vingt ans plus tôt. Élu sans opposant en mai 2024 pour trois ans, Nissim Zuaretz est le 11e président de la Bourse (Rapaport). En 2007, il a cofondé DN Diamonds, spécialiste des gros diamants installé dans la Bourse, avec des bureaux à Dubaï, New York et Hong Kong ; l’entreprise a reçu trois fois le prix israélien de l’exportateur exemplaire (IDE, Globes).
De la rue Achuzat Bayit à Ramat Gan
Le négoce israélien est né à Tel-Aviv. Selon la chronologie de la Bourse, l’Israel Diamond Club y a été fondé le 8 octobre 1937, puis s’est installé en décembre 1947 au 3, rue Achuzat Bayit. On raconte dans le métier que Moshe Schnitzer, qui a pris une part active à l’unification des organisations du secteur en 1947 et a présidé la Bourse de 1967 à 1993, aurait d’abord demandé de la place au maire de Tel-Aviv, et que celui-ci aurait refusé, faute de gisement de diamants dans le pays. Ce qui est documenté, c’est qu’après des difficultés avec la municipalité de Tel-Aviv, le maire de Ramat Gan, Abraham Krinitzi, a proposé sa ville, alors encore peu bâtie ; le contrat foncier a été signé le 14 novembre 1961 (Wikipédia). La première tour, Shimshon, a été inaugurée le 24 octobre 1968, la Diamond Tower en 1993 et une salle dédiée au brut en 1998.
L’industrie a été bâtie par des survivants de la Shoah et des immigrés juifs venus de Belgique et des Pays-Bas, qui apportaient leur savoir-faire de tailleurs. Pendant des décennies, le diamant a été la seule exportation pour laquelle Israël pesait vraiment sur le marché mondial : en 1986, il rapportait près de 1,7 milliard de dollars, environ 24 % des exportations du pays, selon l’étude de la Bibliothèque du Congrès américain. En 2024, il en représentait encore environ 8 % (Rapaport).
Puis le modèle a changé. La taille des petits diamants est partie vers des centres moins coûteux, l’Inde en tête, où la production coûte moins cher, comme Nissim Zuaretz l’expliquait à Globes en 2025. En décembre 2016, la profession a signé un nouvel accord avec l’administration fiscale : les diamantaires, jusque-là imposés sur leur chiffre d’affaires même les années de pertes, le seraient désormais sur leurs bénéfices (Gems2Jewellery). Et Dubaï est devenu la première place : le DMCC annonce un record de 41,7 milliards de dollars de commerce de diamants dans l’émirat en 2025. Nissim Zuaretz sait où Ramat Gan garde l’avantage : « Nous sommes les spécialistes des grosses pierres. Pour les pièces chères, il faut un tailleur professionnel, et une expérience d’une vie, cela ne se remplace pas. »
Diamant de synthèse : « ce n’est pas du diamant »
Sur le diamant de synthèse, Nissim Zuaretz ne mâche pas ses mots. « Ça ne vient pas du diamant, ce n’est pas du diamant, ce n’est rien. Le vrai diamant vient de la terre, où il reste des millions d’années, nous a-t-il dit. Cette horrible chose CVD de laboratoire se vend 70 dollars le carat. » Il la compare au cristal Swarovski : joli, mais sans rareté géologique ni poids émotionnel. Il cite des offres où l’addition du restaurant dépasse le prix d’une bague de fiançailles en synthétique, ou dans lesquelles l’or de la monture vaut plus que la gemme. Ce sont ses opinions et ses chiffres ; nous n’avons pas vérifié le prix qu’il avance.
La réglementation va vers une distinction plus nette. En Inde, la norme IS 19469:2025 prévoit que le mot « diamant », employé sans qualificatif, ne peut désigner qu’un diamant naturel, et proscrit des termes comme « lab diamond » (Bureau of Indian Standards). À Anvers, le laboratoire HRD a cessé le 1er janvier 2026 de certifier les diamants de synthèse non sertis, tout en continuant d’émettre des rapports pour les bijoux qui en contiennent (AWDC, JCK). Nissim Zuaretz pense que le reste du marché suivra : « Bientôt, partout, le marché n’appellera plus le synthétique “diamant”. C’est comme Swarovski. »
Sanctions, Afrique et vingt-cinq siècles de commerce
Les sanctions contre la Russie ont redessiné les circuits d’approvisionnement. L’Union européenne, en coordination avec le G7, interdit depuis le 1er janvier 2024 l’importation de diamants russes, puis celle des diamants russes transformés dans des pays tiers : depuis le 1er mars 2024 à partir d’un carat, et depuis le 1er septembre 2024 à partir de 0,5 carat (Commission européenne).
Nissim Zuaretz assure que les négociants israéliens s’en tiennent à la ligne américaine. « L’Amérique dit qu’on ne peut pas traiter avec la Russie, les banques n’enverront pas l’argent. Nous respectons exactement la parole et les lois de l’Amérique, explique-t-il. C’est dommage, mais nous ne traitons pas de marchandise russe tant que rien ne change. » Pour lui, l’avenir est plus au sud : « L’Afrique, c’est l’avenir, elle contrôle le marché parce que la Russie est sortie… Pas de sanctions pour l’Afrique tant qu’il y a le Processus de Kimberley. »
La Bourse a aussi traversé la guerre. Le 19 juin 2025, un missile iranien a frappé les abords du complexe de la Diamond Tower à Ramat Gan, brisant les vitres de plusieurs immeubles et provoquant des incendies, selon The Media Line. « Les missiles iraniens sont tombés près de la Bourse, mais pas sur la Bourse », dit Nissim Zuaretz. Il voit dans le négoce quelque chose de plus ancien que les conflits d’aujourd’hui : les Iraniens appellent le diamant almas, rappelle-t-il, et le mot hébreu yahalom figure dans le livre d’Ézéchiel. « Nous, diamantaires, nous nous connaissons et commerçons ensemble depuis plus de vingt-cinq siècles : Perses, Juifs, Arabes, Azerbaïdjanais, Boukhariotes. »
Les machines et l’œil du diamantaire
« Toutes les machines viennent d’Israël, et ensuite on nous copie », affirme Nissim Zuaretz à propos des équipements du métier, ce que nous n’avons pas pu mesurer. Il cite les colorimètres de Zvi Yehuda, qui évaluent selon lui la couleur en quelques secondes ; DiamondWorld décrit un modèle capable de prédire la couleur des diamants bruts de D à K. D’après notre expérience de gemmologues formés au GIA, le GIA lui-même associe les instruments au jugement de ses gradeurs.
L’intelligence artificielle, dit-il, sait classer un diamant taillé, mais pas prédire ce que donnera un cristal brut, par exemple s’il finira VS1 ou SI2 en pureté. « Il n’y a pas deux pierres pareilles… Il faut toute une vie de diamantaire. » Évoquant l’invention de la puce de l’ingénieur français Roland Moreno, tombée dans l’oubli, il met en garde contre la perte du savoir-faire et n’en tire qu’une conclusion : « La seule solution, c’est une zone franche. » Nissim Zuaretz nous a aussi indiqué investir dans Kimby.io, une plateforme qui propose à des investisseurs qualifiés la propriété fractionnée de diamants naturels de grande valeur. Nous le mentionnons par transparence sur ses intérêts ; ce n’est pas une recommandation d’investissement.
La zone franche, cœur de sa demande
C’est le cœur de son message. « Le gouvernement doit nous aider avec la zone franche. Chaque gouvernement aide sa bourse du diamant : l’Inde avec les banques, Dubaï avec l’exonération fiscale. Israël, zéro aide, dit Nissim Zuaretz. Sans aide, les dix plus grands négociants partiront. »
La demande n’est pas nouvelle. En mai 2025, il déclarait à Globes qu’une zone franche était « une question de vie ou de mort pour l’industrie ». En septembre 2025, lors d’une visite à la Bourse, le ministre des Finances Bezalel Smotrich a annoncé qu’il inscrirait au budget 2026 une proposition faisant d’Israël une zone franche pour le diamant, projet porté par Nissim Zuaretz (Rapaport). Le modèle est Dubaï : exonération des droits à l’importation et à l’exportation, absence de restrictions de change, et exonération d’impôt pour les personnes comme pour les sociétés. À la date de publication, nous n’avons trouvé aucune confirmation publique de l’adoption de cette zone.
Depuis notre entretien, la situation a évolué. Le 26 juillet 2026, Rapaport a rapporté que Nissim Zuaretz avait démissionné avant la fin de son mandat ; il reste en fonctions jusqu’à l’élection de son successeur, prévue en novembre ou décembre. Selon le ministère israélien de l’Économie et de l’Industrie, cité dans le même article, les exportations de diamants taillés d’Israël ont reculé de 22 % sur un an au premier semestre 2026, à 625,7 millions de dollars. L’IDE a par ailleurs réintégré la Fédération mondiale des bourses du diamant (WFDB) après un an d’absence.
Notre regard
À notre avis, Ramat Gan conserve ce qui se délocalise le plus mal : l’œil et l’expérience nécessaires pour acheter un gros diamant brut et bien le tailler, et une place qui dit appliquer les sanctions à la lettre. Mais ces atouts dépendent désormais de décisions prises hors de la Bourse. La concrétisation ou non de la zone franche, et le nom de celui ou celle qui dirigera la Bourse après les élections, décideront pour beaucoup du maintien des plus grands négociants. Nous suivrons ces deux questions.
David Nataf est gemmologue GIA (GG) et négociant en gemmes. L’entretien a eu lieu à la Bourse du diamant d’Israël, à Ramat Gan, le 11 février 2026 ; les propos cités sont traduits de l’anglais.
- Rapaport, « Israel Diamond Exchange Names Nissim Zuaretz as President » (en anglais). rapaport.com, 21 mai 2024.
- Bourse du diamant d’Israël, « Nissim Zuaretz », page de la direction (en anglais). en.isde.co.il, consulté le 26 septembre 2026.
- Dean Shmuel Elmas, Globes, « Restoring the luster to Israel’s diamond industry » (en anglais). en.globes.co.il, 22 mai 2025.
- Bourse du diamant d’Israël, « Important Dates » (en anglais). en.isde.co.il, consulté le 26 septembre 2026.
- Bourse du diamant d’Israël, « Moshe Schnitzer » (en anglais). en.isde.co.il, consulté le 26 septembre 2026.
- Wikipédia, « Diamond Exchange District » (en anglais). en.wikipedia.org, consulté le 26 septembre 2026.
- Bibliothèque du Congrès, Israel: A Country Study, « Diamonds » (en anglais). countrystudies.us, 1988.
- Gems2Jewellery, « IDE Reaches New Agreement with Tax Authority » (en anglais). gems2jewellery.com, 20 décembre 2016.
- DMCC, « DMCC Announces Record USD 41.7 billion in Diamond Trade Through Dubai in 2025 », communiqué (en anglais). dmcc.ae, 13 juillet 2026.
- Bureau of Indian Standards, Standard of the Week : IS 19469:2025 (PDF, en anglais et en hindi). www.bis.gov.in, février 2026.
- AWDC, « World First: Antwerp Diamond Lab HRD Becomes First in the World to End Quality Certification for Loose Synthetic Diamonds » (en anglais). www.awdc.be, consulté le 26 septembre 2026.
- JCK, « HRD Antwerp to Stop Grading Lab-Grown Diamonds » (en anglais). www.jckonline.com, 23 juin 2025.
- Commission européenne, « Restrictions on diamonds: frequently asked questions » (PDF, en anglais). finance.ec.europa.eu, version du 17 décembre 2025.
- Steven Ganot, The Media Line, « Iran Strikes Israel’s Soroka Hospital, Diamond Exchange; Netanyahu Vows Revenge » (en anglais). themedialine.org, 19 juin 2025.
- DiamondWorld, « OGI and Zvi Yehuda launch Colorimeter model-F » (en anglais). www.diamondworld.net, consulté le 26 septembre 2026.
- Leah Meirovich, Rapaport, « Israel Finance Minister Wants Country to Be Free-Trade Zone for Diamonds » (en anglais). rapaport.com, 25 septembre 2025.
- Joshua Freedman, Rapaport, « Israel Diamond Exchange President Resigns » (en anglais). rapaport.com, 26 juillet 2026.
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